les trois bombes d'Albert Einstein

Publié le par libertus


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Personnellement je me méfie beaucoup des citations
Albert Einstein en a commis quelques unes....c'est pas triste

texte tiré de NaturaVox

« Trois bombes menacent le monde: La bombe atomique, qui vient d’exploser, La bombe de l’information, qui explosera vers la fin du siècle, La bombe démographique, qui explosera au siècle prochain, et qui sera la plus terrible. » Albert EINSTEIN *

L’Asie est l’une des zones les plus dynamiques du monde. Ceci est en grande partie dû à sa forte démographie. C’est notamment parce que l’Inde et la Chine représentent à eux deux 1/3 de la population mondiale qu’on les voit comme les futurs leaders économiques de la planète (premiers ex aequo vers 2050). D’où la remise à la mode d’une l’expression qui n’est pas nouvelle, celle de « bombe démographique ». L’idée sous-jacente étant qu’à « maturité » la très forte démographie de ces deux pays allait les projeter aux premières places des puissances mondiales, et rejeter loin derrière eux leurs « concurrents ».Mais cette bombe (pour filer la métaphore) peut exploser d’une autre manière. Sans être des spécialistes du domaine, nous vous proposons de partager quelques questions : Quels sont les problèmes actuels engendrés par cette forte démographie ? Quelles peuvent être les conséquences à moyen et à long terme ? Quels types de solutions envisager ? Quel rôle les acteurs de la société civile peuvent jouer ?

Quels sont les problèmes actuels engendrés par cette forte démographie ?

Les difficultés sont déjà bien réelles. Car cette démographie galopante amplifie chaque problème rencontré par ces deux Etats. Et il parait évident que la puissance résulte plus d’un équilibre et d’un contrôle homogène sur la totalité (ou la majorité) des compartiments sensibles que d’une surpuissance disproportionnée dans des domaines épars.Un des problèmes les plus souvent cités est celui de l’urbanisation. L’exode rural entraîne une surpopulation des cités qui ne peuvent accueillir décemment la masse des déracinés.
- La filière agroalimentaire est soumise à une tout aussi forte pression pour subvenir à la demande intérieure. L’usage des engrais et des pesticides, s’il n’est pas maîtrisé ne peut que conduire à des situations écologiques intenables à moyen, voire à court terme.
- Les catastrophes climatiques ont un effet d’autant plus dévastateur qu’elles surviennent dans des zones surpeuplées, où les systèmes de protection, de transport et de soin sont largement insuffisants. Le récent bilan des inondations du mois d’août 2007 en Asie est effrayant, hors de toute mesure : des dizaines de millions de sinistrés et de déplacés (près de 30 millions, c’est-à-dire la moitié de la population française).

Quelles peuvent être les conséquences à moyen et à long terme ?

Les questions sont multiples, à commencer par l’extension géographique du phénomène : Ses principaux dégâts se situeront-ils à l’intérieur ou à l’extérieur des pays concernés, la Chine et l’Inde ?On ne peut pas ici ne pas songer au livre de Jared Diamond « Effondrements »** qui analyse les causes et les conditions de l’effondrement d’un certain nombre de sociétés, et aussi d’ailleurs comment quelques autres ont évité cette catastrophe. On ne saurait trop recommander cet ouvrage, riche de presque 600 pages d’une réflexion rigoureuse, alimenté par la synthèse de recherches archéologiques, et complété par de nombreuses cartes et références. Impossible de le résumer, mais voici quelques aperçus utiles à la présente réflexion. Parmi les sociétés effondrées (et donc disparues) l’auteur étudie notamment les Mayas, les Pascuans (les anciens habitants de l’île de Pâques), les Anasasis (une ancienne tribu d’indiens d’Amérique du Nord, essentiellement située sur l’état actuel du Nouveau-Mexique et disparue vers les années 1200), les colonies Viking du Groenland, etc. ; et parmi celles qui ont su réagir à temps, il y a notamment l’exemple des Japonais de l’ère des shoguns. Il extrait cinq facteurs possibles d’effondrement, dont un seul peut parfois suffire, mais qui agissent plus souvent de façon concomitante.

Le premier d’entre eux est la dégradation des conditions environnementales, et cette dégradation est souvent (mais pas toujours) une conséquence d’un phénomène de surpopulation. Il décrit le mécanisme de l’effondrement proprement dit, assez variable d’une société à l’autre, mais où l’on retrouve fréquemment :
- Une déforestation, qui induit elle-même
- Une diminution de la fertilité des sols (lavage de la couche arable, salinisation des terres par excès d’irrigation).
- Des luttes au sein de la société en danger pour le partage des ressources alimentaires de moins en moins abondantes.
- Des voisins hostiles qui viennent obligeamment achever le travail...

Il analyse également des sociétés actuelles fragilisées, et en danger d’effondrement d’après son analyse. Dans cette catégorie on trouve notamment le Rwanda, Haïti, l’Australie et... la Chine. Il ne cite pas l’Inde, mais certaines des considérations qu’il développe pour la Chine s’appliqueraient tout aussi bien à ce second pays. En Chine, donc, à la suite d’un certain nombre de facteurs :
- Surpopulation
- A-coups politiques
- Augmentation des échanges avec l’étranger (et donc espèces animales et végétales importées, nuisibles et invasives)
- Projets pharaoniques

L’environnement connaît une dégradation accélérée. En particulier, la diminution du pourcentage de territoires affecté aux forêts et la baisse de fertilité des sols sont déjà gravement avancés ; s’y ajoutent des dangers plus modernes sous forme de pollutions diverses. Enfin, si l’on sort de la Chine, il estime que le monde actuel (précisons : la planète dans son ensemble !) rassemble les cinq facteurs de risque d’effondrement qu’il a identifiés et se trouve donc en situation extrêmement fragile. Il conclut d’ailleurs en proposant quelques pistes pour sortir de cette situation dangereuse. D’après l’auteur, la taille de la Chine fait que son implosion, si elle se produisait, aurait des conséquences gravissimes sur le monde. On comprend que l’effondrement de la Chine pourrait bien provoquer celui du reste du monde...Cette considération rendrait sans objet, si elle était juste, la question posée plus haut.

Les bombes démographiques provoqueraient beaucoup de dégâts, gravissimes, et ceux-ci se situeraient autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces pays. Heureusement qu’il ne s’agit que de spéculations, que le pire n’est pas toujours sûr, et que les choses se passent rarement comme elles ont été imaginées. Poser le débat est de toute façon la première étape pour améliorer une situation.

Quels types de solutions globales envisager ?

Ces perspectives font peur. Le sujet est difficile tant il touche à la vie même. On peut imaginer, de manière simpliste, trois types de solutions :

- Soit baisser la natalité. L’Inde tente de le faire depuis longtemps, la Chine également depuis moins longtemps et avec davantage de succès. En tous cas, l’expérience prouve que cela n’est pas aussi facile, et a des effets collatéraux. La sélection des garçons au détriment des filles, pour ne citer que cet exemple, (en plus d’être immoral) va avoir un coût humain énorme.
- Soit aligner la puissance économique sur la démographie. Ce qui permettrait de mieux nourrir la population, la répartir géographiquement, la protéger, la soigner, ... Mais sur le plan intérieur, réussir à le faire dans un respect du développement durable relèverait du miracle. Et au niveau mondial, nous savons maintenant tous que la terre a des limites, et qu’il faudrait au moins deux terres pour donner au monde ne serait-ce que les normes de vie européennes, sans parler des normes U.S.
- Soit enfin migrer une partie de la population vers des zones plus tempérées. C’est des trois sans doute la plus improbable. Néanmoins, permettons-nous une petite digression historique. Le cap occidental du continent euro-asiatique, est composé des pays que nos connaissons bien : Espagne, France, Italie, ... On y trouve un des climats les plus tempérés (dans le sens propre : équilibré) du monde. Ce n’est pas pour rien si de nombreux peuples ont eu pour objectif de s’y installer. A commencer par ceux qui vivaient dans les arides steppes d’Asie Centrale. La grande migration du IVème siècle après JC (ce n’est pas si vieux) a vu l’arrivée d’envahisseurs (donc forcément des barbares) dont nous sommes les heureux descendants. Les noms des pays et des régions où nous vivons en est un rappel constant : les Francs fondent la France, les Burgondes la Bourgogne, les Vandales la Vandalousie (pardon l’Andalousie ... le V est tombé avec le temps). Pour les Lombards, Alamans et autres Angles et Saxons, vous devinez les correspondances. Certains se sont battus contre des autochtones qui ... ne l’étaient pas vraiment. Les Gaulois avaient pris une route similaire quelques temps auparavant et d’ailleurs l’autre région où ils se sont installés s’appelle la Galatie, qui se situe dans un pays à qui on refuse l’entrée dans l’Union Européenne (la Turquie). Bref, ces envahisseurs qui viennent de loin pour vivre « ici », c’est « nous ». Pourrait-on refuser l’accueil à nos lointains cousins (restés au pays) si une grande migration prenait la route de celle que nous avons pris il y a 15 siècles ? Si oui comment ? Si non comment ? Mais bon, refermons cette digression.
Des trois scénarios, c’est certainement le moins probable.

Cet article n’a pas pour but de rajouter une préoccupation anxiogène à toutes les autres, mais bien d’être un moteur de l’action, de rechercher comment à notre échelle nous pouvons contribuer à éviter un danger ou à améliorer un avenir collectif. Or à moins d’être une personne d’influence, nous n’avons pas de prise déterminante sur les solutions évoquées. Que faire ?

Quel rôle, nous, simples acteurs de la société civile, pouvons-nous jouer ?

Là encore, nous ne pouvons prétendre apporter des réponses ni sûres ni exhaustives. Néanmoins, si on ne peut pas peser sur la démographie de nos voisins asiatiques, nous pouvons en revanche montrer un modèle de développement. L’environnement est justement un domaine où chacun a un rôle direct à jouer quelque soit son niveau. Préconiser le respect de la nature, le tri de ses déchets, la limitation de l’utilisation des ressources en général et des énergies polluantes en particulier peut paraître idiot alors que nous venons de parler de deux pays à l’autre bout du globe. Mais si l’on sort des actions individuelles et si nous regardons un résultat collectif, cela change la donne.Il faut faire de chaque citoyen un protecteur de son environnement, pour que la France, tout en gardant (ou peut-être en améliorant, qui sait ?) ses performances économiques, deviennent un modèle en la matière. Il faut que l’Europe devienne à son tour un modèle. Il est de notre capacité de prouver que c’est possible. Bien des indices nous laissent penser que c’est très rapidement bénéfique, que le retour sur investissement est bien plus rapide qu’on le croit parfois. En d’autres termes, il faut que nous donnions envie aux autres de le faire et de nous suivre. Plus grave, et cela a été remarqué par de nombreux commentateurs : si nous ne modifions pas nos comportements, nous offrons un prétexte en or à ces deux pays et à de nombreux autres pour ne pas modifier le leur.

Il y a là un modèle à découvrir (où auquel il est urgent de contribuer, les scandinaves, pour ne citer que cet exemple, ont déjà commencé). La France qui est toujours à la recherche d’une grandeur perdue a là un terrain où s’exprimer. Et quel challenge ! Il y a une révolution « tranquille », une « révolution verte » à mener. Et en matière de Révolution, ... nous n’en serions pas à un coup d’essai. Il ne tient qu’à nous de faire mentir Albert Einstein quand il disait que la bombe démographique « sera la plus terrible. » Et il est fort à parier qu’il serait ravi si nous parvenons à la désamorcer !

Jérôme Bondu et Alain Bondu* in une lettre à l’abbé PIERRE écrite dans les années 50.** Ouvrage édité par NRF Essais, sous-titre « Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » © 2006 ;
Edition originale publiée aux Etats-Unis sous le titre « Collapse - How societies choose to fail or succeed » © 2005 éditions Viking.

Publié dans international

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