Les Egyptiens ont soif

Publié le par libertus

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La pénurie d'eau potable touche même des quartiers du Caire.

 
TOUT l'été, l'Égypte a vécu au rythme de leur colère : manifestations, sit-in improvisés, autoroutes coupées. De Borg el-Borollos, dans le delta du Nil, aux portes de Maadi, le quartier résidentiel du sud du Caire, ceux que la presse égyptienne a surnommés les « assoiffés » ont exprimé frustration et indignation. Malgré les promesses du gouvernement, beaucoup de villages et des quartiers informels, qui poussent comme des champignons aux portes des grandes villes, restent privés d'eau courante et de tout-à-l'égout.
 
Selon le dernier recensement, seuls 65 % des foyers ont un robinet, un chiffre qui chute considérablement en zone rurale. Là, les habitants ne peuvent compter que sur la distribution d'eau assurée de temps en temps par un camion-citerne, l'eau croupie des canaux ou celle des puits, souvent contaminée par la pollution de la nappe phréatique. Première conséquence, la prolifération de maladies comme la diarrhée, la typhoïde, la bilharziose ou l'hépatite A. « En Égypte, plus de 25 % de la mortalité infantile est directement causée par des eaux polluées », constate le géographe Habib Ayeb.
 
Depuis la construction du haut barrage d'Assouan, dans les années 1960, l'Égypte, pays à 95 % désertique, est plus que jamais ce « don du Nil » décrit par Hérodote. Mais si l'eau est pour l'heure abondante, et presque gratuite, il n'en va pas de même de l'eau potable. « Le problème de l'eau est d'abord un problème de pauvreté, souligne Habib Ayeb. Or, combattre la pauvreté n'est pas une priorité pour le gouvernement. On dépense des fortunes pour irriguer le désert, ou construire des parcours de golf, mais rien ou presque n'est fait pour améliorer l'accès à l'eau, ni sa qualité. »
 
Épidémie de salmonellose
 
Cet été, à Borg el-Borollos, les villageois ont ainsi vu leurs robinets s'assécher au profit des vacanciers de la station balnéaire voisine de Baltim, sur la Méditerranée. À Daqahleya, dans le delta du Nil, une trentaine de personnes ont été blessées en essayant de se procurer de l'eau auprès d'un camion-citerne qui n'en contenait pas assez pour tout le monde.
 
Mais le branchement à l'eau courante n'est pas non plus une panacée. L'hiver dernier, un homme originaire de Daqahleya est mort et des dizaines d'autres ont été affectés par une salmonellose provenant de la contamination d'une station de pompage par des eaux usées. « Dans les villes, l'eau est tellement traitée qu'en général les bactéries ne résistent pas. Mais, même si cette eau arrive propre dans les villages ou les quartiers pauvres, elle est aussitôt contaminée, soit dans les réservoirs de stockage, soit dans le réseau de distribution », déplore Habib Ayeb.
 
Après l'épidémie à Daqahleya, qui a fait craindre une résurgence du choléra, le premier ministre Ahmed Nazif a promis de faire de l'amélioration des réseaux de distribution d'eau potable et d'égouts une priorité. Cet été, pourtant, il a fallu de longues semaines avant que le gouvernement ne se décide à prendre des « mesures d'urgence » face à la pénurie. Le ministre de l'Habitat, Ahmed al-Maghrabi, a annoncé que l'État devrait consacrer 130 millions d'euros à la construction de stations d'épuration et au creusement de puits. Des mesures aussi tardives qu'insuffisantes, après des années de démission de l'État, débordé par la forte croissance démographique et l'urbanisation galopante.
 
Selon le ministre de l'Irrigation, Mahmoud Abou Zeid, 1,8 milliard de mètres cubes d'eaux usées domestiques sont déversées chaque année dans le Nil. Une pollution bactériologique à laquelle s'ajoute, invisible, mais tout aussi dangereuse, la contamination par les déchets industriels et les engrais, pesticides et autres insecticides, dont l'Égypte est une grande consommatrice. « Les bactéries tuent en quelques heures, là où les produits chimiques mettent quelques années », résume Habib Ayeb. Et l'Égypte n'est pas au bout de ses peines. Selon un rapport du Centre national de recherche sur l'eau, un organisme gouvernemental, elle pourrait en effet être confrontée à une pénurie d'eau généralisée vers 2025.

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