Michael Moore n'est pas mort

Publié le par libertus



Moore.jpgFILM Documentaire

Michael Moore est comme chez lui à Cannes. Casquette, jeans, chemise colorée, amaigri. "J'ai perdu 10 kilos en mangeant ce que vous appelez des fruits et légumes." Palme d'or en 2004 pour Fahrenheit 9/11, l'Américain a dévoilé, samedi 19 mai, Sicko (malade), film hors compétition sur le système de santé aux Etats-Unis. Il a fait un tabac en projection et un sacré show devant la presse.
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Sicko dénonce le système des entreprises privées d'assurance- maladie qui fait que 48 millions d'Américains n'ont pas de couverture sociale. Première scène : un homme sur son canapé se recoud une plaie à la jambe. Parce qu'il n'est pas assuré. "Les Etats-Unis sont le seul pays du monde occidental à ne pas avoir une couverture sociale universelle, le seul où les compagnies d'assurances reçoivent de l'argent public. Leur but n'est pas de soigner les gens, mais de maximaliser les profits." Moore, qui appartient aux "deux tiers des Américains" qui ont les moyens de se soigner, a fait ce film pour "inciter le peuple américain à agir".

Pour cela, il offre une charge percutante, efficace, drôle. Le diagnostic est juste mais la démonstration laisse à désirer. Ainsi, pour mieux enfoncer les Etats-Unis, il rend un hommage vibrant au Canada, à la Grande-Bretagne et à la France, qui ont mis en place une couverture sociale universelle. "Trois pays où on vit plus longtemps que chez nous." Au Canada, Moore montre des patients qui disent avoir attendu "20 à 40 minutes" avant de se faire soigner gratuitement dans un hôpital public. Un journaliste canadien lance : "L'exemple canadien est juste mais ma mère, il y a quelques jours, a attendu 5 heures. Pourquoi être si réducteur ?" Moore ne bronche pas. "Désolé pour votre maman, mais les Canadiens se plaignent toujours."

Passons à la France qui possède le "meilleur système au monde. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'OMS". On voit dans le film une tablée d'Américains à Paris brosser le portrait d'une France où tout serait gratuit : médicaments, hôpitaux, crèches, assistance à domicile, SOS-Médecins. Au-delà de la caricature, pas un mot sur l'appauvrissement de la médecine publique. "Il y a des problèmes, répond Michael Moore. Mais les Français aiment autant se détester que les Américains les détestent."

Le film de Moore est même une ode à Cuba, où il est allé en bateau, pour y faire soigner une dizaine d'Américains cabossés par la vie. Propagande castriste ? "Absurde", répond-il. Reste que cinq jours avant Cannes, une lettre du Trésor américain lui a signifié que cette escapade était une infraction à l'embargo contre Cuba. "J'ai eu peur que mon film soit saisi. En 24 heures, j'ai fait sortir une copie des Etats-Unis pour qu'elle arrive à Cannes." II a jusqu'au mardi 22 mai pour répondre à la lettre. "Je risque gros." Quoi ? "La prison. La tempête m'attend aux Etats-Unis." Peut-il imaginer que Sicko y soit interdit ? "Absurde."

"UN TYPE REMPLI DE HAINE"

Dans Sicko, Moore ne fait réagir aucun "méchant". Parce que plus personne ne veut lui parler ? "Non. Je voulais un ton différent. Etre proche des gens qui souffrent." Il ajoute : "Je suis fatigué des hurlements autour de moi." Fatigué "de la douzaine de documentaires sortis contre moi au point que je pourrais monter un festival de cinéma "anti-Moore"".

Beaucoup lui reprochent de manipuler les faits. Alors il évoque ses films précédents : "J'ai dit que General Motors allait chuter et c'est le cas. J'ai dénoncé les armes à feu aux Etats-Unis et vous avez vu la dernière fusillade. J'ai dit que l'intervention en Irak était fondée sur de fausses preuves d'armement nucléaire et j'ai eu raison."

Sicko contient une scène assez perverse : le cinéaste envoie anonymement un chèque de 12 000 dollars à l'animateur d'un site "anti-Moore" qui, parce qu'il n'a pas les moyens de se soigner, envisage de fermer son site. "Ce type est rempli de haine, mais je défends la liberté d'expression."



Publié dans cinéma

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